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  • L'ange

    Je devais avoir 6 ou 7 ans. Tous les dimanches, une famille de cultivateurs habitant plus loin sur la route passait devant chez nous pour aller à la messe et m’attendait pour m’y emmener. Mes parents ne mettaient pas les pieds à l’église aussi se faisaient-ils un devoir d’assurer mon éducation religieuse. J’aimais assez bien la messe en latin, ça donnait une impression d’incantation magique, mais la plupart du temps, je m’ennuyais sec et alors, je me perdais dans l’admiration des vitraux représentant les 14 stations du chemin de croix (si mes souvenirs sont exacts) dans de si belles couleurs lumineuses.

    Pour la période de Noël, la crèche était installée et, au lieu qu’un enfant de chœur passe dans les rangs pour la quête, nous défilions devant celle-ci pour y déposer notre obole. C’était mon premier Noël dans l’église d’Aix-Noulette, je me suis levée et j’ai suivi le mouvement. J’étais juste derrière une dame imposante dans un manteau bleu et je ne voyais que ce manteau. Quand mon tour arriva, je ne savais pas quoi faire de ma pièce et la dame derrière moi m’a indiqué la statue d’un ange portant un sac installée sur le côté et me dit de la mettre dans le sac, ce que je fis. Et là, l’improbable. L’ange me remercia d’un signe de tête !!! Le choc me repoussa en arrière et je tombais assise sur un banc. Et alors que je tentais d’assimiler ce que je venais de voir, j’observais la file de gens qui continuait à avancer, aveugle à ce qui venait de se passer. Et, n’étant pas très sûre de ce que je venais de voir, je finis par reprendre place dans la file.

    J’avais hâte d’en parler avec ma grand-mère et, rentrée à la maison, je lui dis « Mémé, je crois que j’ai vu un miracle ». Je n’étais pas trop sûre. Bien sûr, j’en avais entendu parler, mais comme quelquechose dont on parle sans l’avoir jamais vu, alors pourquoi là, maintenant, devant moi ? Ma grand-mère, avec un petit sourire, me dit « ah bon ? Raconte ! » et je lui dis ce que j’avais vu. Ma grand-mère se met à rire et m’explique alors les automates et nous en rions ensemble. Ah ouf ! Ce n’est que ça…

    Il n’empêche que l’après-midi, je suis retournée à l’église avec ma tirelire et, à chaque fois que l’ange me disait merci, j’étais toujours aussi émue.

    Depuis, j’essaie d’être à la hauteur, toujours, du merci de cet ange.

  • Sahara

    Ma première grande aventure, enfin… Oh comme je l’espérais, comme je l’attendais !

    Ce jour-là, après une prise de bec mémorable avec une collègue et sachant que son ancienneté dans la boite ne jouait pas en ma faveur, je quittai mon job et pris la route de la maison. La soirée était encore jeune lorsque j’arrivais à Arras et je décidais d’aller passer un moment en ville. J’y croisais une connaissance qui, je le savais, allait régulièrement en Afrique par la route, vendant son véhicule une fois arrivé là-bas et rentrant en avion. Son équipe cherchait un chauffeur supplémentaire. Nous prîmes rendez-vous pour le lendemain et je rentrais enfin chez moi. J’étais presque dans un état second, tant les choses semblaient se dérouler comme je l’espérais. C’était incroyable.

    L’Afrique, enfin j’allais la découvrir. Pas dans un circuit touristique, où tout est plus ou moins orchestré et facilité, non, c’est la vraie Afrique que l’on me promettait, à vivre chez l’habitant, dans leur vie de tous les jours, manger ensemble, apprenant de leur façon de vivre… Et puis, s’empoigner avec le désert, s’emplir de ce paysage à la fois sensuel et dramatique, de ce silence, de ce sentiment d’absolu… mais lutter, lutter quand il t’agrippe, implacable, révélant tes plus intimes faiblesses, te laissant nu face à toi-même…

    Nous partîmes 15 jours plus tard, c’était en janvier.

    Je conduisais une 404. Oui, oui, c’était déjà une vieille voiture en 1980 !

    La première journée fait partie des plus longues de mon existence. Arras – Dijon à 80 km/h sur l’autoroute, sans radio… après une nuit dont la majeure partie fut passée à fêter ma nouvelle aventure. Malgré mes 19 ans, oh que ce fut dur ! Cependant, quel clin d’œil m’adressa la tv ce soir là, le film proposé s‘intitulait… « L’aventure, c’est l’aventure »… ça ne s’invente pas !

    Le lendemain soir, nous dormions dans le Nord de l’Espagne, puis nous nous arrêtâmes à Benidorm pour quelques jours, chez des amis du « chef de convoi », afin de faire un échange de chauffeurs, l’un d’entre nous devant rentrer en France pour je ne sais plus quelle raison. Je me souviens que, lorsque le nouveau chauffeur est arrivé et est entré dans la pièce où nous nous trouvions, le chien de la maison s’est mis à grogner, son poil s’est hérissé et il a reculé pour rejoindre son maître… Toujours faire confiance à l’instinct des animaux…

    Nous voici donc repartis. Nous arrivons à Alicante mais il faut attendre plusieurs jours pour avoir des places sur le bateau pour Alger. Nous partons donc pour Almeria. Ce sera Almeria-Melilla. Quelle drôle de ville que Melilla, à cette époque. Un port-franc, plein d’une faune exotique, où il ne faut pas quitter la voiture des yeux si on ne veut pas la retrouver pillée. Ambiance bizarre, envie de se retourner pour voir si on n’est pas suivi, envie de partir rapidement.

    Direction Oujda, puis la frontière avec l’Algérie.

    A l’époque, tout convoi est suspect, nous nous séparons pour la passer.

    Les voitures sont chargées à bloc. Pièces de moteur, huile de moteur, outils, jerricans, packs d’eau, boites de conserve. Ils fouillent tout, ça prend du temps, le suivant arrive, les douaniers suspectent… « nous nous connaissons ? Non ». C’est très impressionnant, on repense à ces films qu’on a vus, certains où ils s’en sortent bien, d’autres où les imbroglios s’enchaînent. Conscience qu’il n’y a pas intérêt à plaisanter.

    Ils nous laissent finalement passer et nous nous rejoignons tous quelques kilomètres plus loin. Soulagement. Tlemcen, puis direction Béchar. Nous dormons pour la première fois sur le bord de la route, dans les voitures. Certes, la route goudronnée est toute proche, la civilisation n’est pas loin mais… nous sortons « des sentiers battus ».

    A Béchar, nous devons préparer les voitures pour le désert. Décalaminer le système de refroidissement, renforcer les passages de roue, faire le plein d’essence et remplir les jerricans, en échange de pièces de moteur. Nous sommes hébergés par Mohammed, le garagiste qui nous prête un appartement. Nous y resterons plusieurs jours et j’aurai l’occasion d’aller manger chez eux, dans une pièce à part des hommes et finalement toute seule, étant l’invitée… Je goûte pour la première fois aux nèfles, ces fruits que l’on doit manger gâtés. Je n’en ai jamais remangé depuis. Je me souviens de cette « fête » où nous avons été conviés, avec un groupe de musiciens et des gens entrant en transe. J’étais attirée par la musique envoûtante,  je me suis sentie perdre le contrôle, senti la tête me tourner et j’ai préféré quitter la pièce…

    A Béchar, nous croisons deux autres Français, originaires de Toulon qui se joignent à nous. L’un d’entre eux faillit nous apporter les pires ennuis, accusant un policier à un check-point sur la route de lui avoir volé ses lunettes de soleil. Il les avait, en fait, oubliées dans la voiture… Je ne me souviens plus comment nous nous en sommes sortis, certainement en le tenant à l’écart et usant de beaucoup de diplomatie… Je ne me souviens pas que le bakchich ait fonctionné dans ce pays, au contraire.

    Adrar, où nous nous sommes arrêtés pour manger dans un fabuleux hôtel, qui semblait poussé là par hasard. La fraîcheur à l’intérieur, le calme, une beauté simple et dépouillée, une oasis de confort.

    Reggane… fin de la route goudronnée. Nous nous enregistrons au bureau de police avant de commencer notre traversée du désert. Nous croisons un couple, en 404 bâchée, qui rejoint le convoi. Je crois qu’ils ne demandaient que ça et c’était tant mieux pour eux. Ils s’étaient rendus compte que, mal préparé, on peut y laisser la vie.

    Enfin, nous allons attaquer le désert.

    Donc le voici, ce Sahara, dans toute son immensité, je le contemple, debout, les pieds symboliquement posés à la limite de cette route, derniers centimètres avant l’inconnu.

    Il est décidé que je serai en seconde position. Ah, galanterie, merci Messieurs. J’ai 19 ans, un an de permis et j’attaque le désert. Je fais 1 km et je m’ensable jusqu’aux essieux. Derrière, ils me suivent de trop près et, à leur tour, s’ensablent tous. Je me fais incendier, engueuler de toutes parts... Je suis furieuse. Je regarde bien comment ils manœuvrent les voitures pour les sortir de là. Je décide que ça ne m’arrivera plus. Ça ne m’est plus arrivé.

    Enfin, enfin, enfin, véritable première nuit dans le vrai désert. Nous nous installons en campement, à quelque distance de la piste. Nous soulevons les capots des voitures, posons sur le radiateur la boite de conserve à réchauffer. C’est ainsi que nous mangerons durant tout le trajet.

    Arrive un camion, qui s’arrête près de nous, le moteur continuant à tourner, je ne sais plus pour quelle raison. Les hommes descendent et préparent le thé à la menthe qu’ils partagent avec nous. Un deuxième camion se joint au premier, un deuxième moteur se met à ronronner… Et bien si, il y en a eu un troisième. Moi qui imaginais solitude, calme et contemplation… On se retrouve à une bonne vingtaine ! Tout ce petit monde finit par reprendre la route, roulant de nuit, à la fraîche. Voilà, ma première nuit dans le désert ne fut pas du tout ce à quoi je m’attendais.

    Le lendemain matin, debout aux aurores. Je m’éloigne, petite toilette, au gant, avec le minimum d’eau. Pendant la nuit, nous avons laissé dehors quelques bouteilles d’eau entourées d’un linge humide, nous aurons de l’eau fraîche pour la matinée. Puis, pour l’après-midi, nous accrocherons ce système au rétroviseur, le vent rafraichissant la bouteille.

    Armée de mes nouvelles connaissances en matière de conduite sur sable, je suis prête. Nous reprenons la piste.

    Ou plutôt, nous roulons à quelque distance, les voitures ne pouvant résister à la tôle ondulée, cette forme que prend le sable lorsque beaucoup de véhicules passent au même endroit. Nous devons en prendre soin, ces voitures doivent nous mener jusqu’au bout, à Cotonou, au Bénin.

    Nous passons les bidons qui jalonnent la piste, marquant les kilomètres.

    Nous sommes au kilomètre 400 lorsque l’un des derniers véhicules s’ensable.

    La conduite en convoi nécessite de régler son avance sur celui qui suit notre véhicule. Si l’un s’arrête, le précédent, ne le voyant plus dans le rétroviseur s’arrête à son tour. Le chef de convoi fait alors demi-tour pour aller porter de l’aide à celui en difficulté.

    Alors, c’est maintenant mon moment, mon moment à moi, seule avec le désert. Pourquoi je le voulais à tout prix, je ne sais pas, je trouvais cela logique, si on va dans le désert, c’est pour être face à lui, non ?

    Voilà, je suis toute seule, il n’y a plus aucun repère autre que moi-même et la voiture et c’est très, très impressionnant. Je fais un tour complet sur moi même, j’imagine ce petit point que je représente, en plein milieu de cette grande tache jaune sur une carte de notre planète. Seule dans ce grand désert, plantée au milieu de nulle part…

    Le moment passe, les autres finissent par me rejoindre et nous repartons. Nous passons Bidon 5, ancienne guérite de la Légion Etrangère. Il fallait vraiment être un légionnaire pour vivre là-dedans... Nous arrivons à Borj-Moktar, poste frontière avec le Mali. Nous pénétrons dans le poste pour nous enregistrer. Nous avons terminé la partie algérienne du Sahara. Au mur du poste, des photographies. Un premier panneau montre des photos d’identité et est intitulé « aidez-nous à les retrouver », le second, des photos de cadavres et la mention « aidez-nous à les identifier ». Nous avons 500 km de désert derrière nous et autant devant. Si nous l’avions oublié, le réveil est brutal, le désert n’est pas à être pris à la légère. L’ambiance dans le groupe en prend un coup.

    Machin (plus aucun souvenir de son prénom), si si, celui que le chien n’aimait pas, prétexte des problèmes de moteur pour se mettre en seconde position dans le convoi. Je le suspecte d’être vert de trouille et d’inventer cette histoire.

    Direction Tessalit, au Mali.

    Soudain, je ne vois plus, dans mon rétroviseur, le véhicule qui me suit. Je m’arrête et attends le retour des deux premiers. J’attends. Et j’attends… Et l’attente commence à être inquiétante, toujours personne… Les minutes se font lourdes et il s’en passe une bonne quinzaine avant qu’enfin, je vois signe du véhicule de tête. Ce lâche de Machin ne s’était pas arrêté et avait continué à suivre le premier, sans se soucier de nous. Sans commentaire.

    Vers Tessalit, le désert, déjà, change de visage, il devient rocailleux, les voitures souffrent. Je me sens un peu nostalgique, j’ai l’impression de laisser quelque chose derrière moi… Nous suivons une piste, direction Gao. Nous tournons en rond presque toute la journée. Un peu angoissant quand même quand on commence à reconnaître un endroit, puis un autre pour y être déjà passé. Le chef de convoi nous rassure, il sait quelle direction prendre mais n’arrive pas à passer une barrière rocailleuse. Nous finissons par faire demi-tour et passons la nuit en campement aux abords de Tessalit.

    Le lendemain matin, nous reprenons la piste de Gao, et cette fois, c’est la bonne.

  • Quand j'en passe à la création de meubles

    Donc oui, cette maison représente beaucoup pour moi. Elle est la somme du travail de mes parents. Mon grand-père a travaillé pour nous offrir une meilleure qualité de vie et mon père a travaillé pour nous garder à l’abri, sa mère et moi. Aussi est-ce pour cela que j’ai mis tant de temps à accepter la donation que mon père me proposait. Tant que je ne me sentais pas à la hauteur de la tâche,  j’ai regimbé face à la responsabilité que cela impliquait. Je suis aujourd’hui la dépositaire de leur somme de travail.

    Pendant que les costauds s’occupaient des gros travaux, j’ai réfléchi à l’aménagement. Dans l’appartement que j’occupais avant, je dormais encore sur un matelas posé sur des palettes et la plupart des meubles ne valait pas grand-chose. J’avais bien visité quelques magasins de meubles mais les seuls que j’avais aimés étaient de la gamme Roche-Bobois… Hors d’atteinte. « Qu’à cela ne tienne, je les ferai moi-même » se dit-elle alors…

    Le mari d’une amie de lycée, me voyant admirative devant les meubles qu’il avait faits lui-même, me proposa de me faire le meuble sous l’évier. En effet, je voulais une hauteur de plonge supérieure à celle qui est la norme partout et qui nous voit toujours penchée sur la tâche. Je peux, depuis, faire ma vaisselle sans mal de dos. (Car oui, je fais toujours ma vaisselle à la main et c’est certainement une bonne façon d’économiser l’eau.)

    Ainsi, grâce à ce modèle, je me suis lancée. Bien sûr, les meubles sont faits de tasseaux, d’équerres et de lambris, je n’ai pas la prétention de faire des meubles dans la « noblesse de l’art ».

    Première tentative, un meuble à chaussures digne de ce nom, où on peut mettre toutes ses chaussures. Après bien des suées, des « crapahutages » dans le ventre du meuble-modèle pour en comprendre le squelette, j’y arrive. (Bon, sur la photo, il a 20 ans, quand même !)

    2022 meuble chaussure

     

    Bien, alors, deuxième tentative, le meuble stéréo. Là, on parle du salon, il y faut de la créativité. Je n’aime pas les angles droits sur les meubles, on s’y accroche souvent et ça fait mal, alors, ils seront coupés à 45°. Pour le meuble stéréo c’est un peu une obligation, les colonnes de CD étant beaucoup moins profondes que la vieille stéréo de mon père. Croquis, mesures, colonnes de CD en bois achetées en discount. Trois tiroirs au dessus pour les cassettes audio. Bon, c’est vrai, je n’ai jamais pris le temps de mettre des poignées aux tiroirs et je galère pour les ouvrir…

    2022 meuble audio

    Mais j’ai surtout envie d’une belle bibliothèque et je la veux avec un brin d’exotisme… J’ai mis deux ans pour la réaliser. (Il est vrai que je n’avais pas que ça à faire.) Ce que j’ai pu me faire charrier par Daniel et ses copains ! Ils me voyaient partie dans une entreprise au delà de mes capacités. Quand elle fut – enfin – finie, ils m’ont félicitée. Je n’étais pas peu fière !!! La partie la plus motivante, et en même temps la plus pénible fut la réalisation des portes pleines. Exotiques mais pas chères… L’inspiration ne vient pas, jusqu’au jour où, du coin de l’œil, je repère un rouleau de canisses de jardin non utilisé. Ma cervelle ronronne à nouveau. Je coupe les canisses, je les ponce devant pour enlever le vernis, derrière pour les aplatir, je les vernis de différentes teintes, je les colle sur une planche aux dimensions de la première porte, je les encadre. Je pose la porte et je m’extasie. Si si ! C’est exactement ce que je voulais. J’y ai mis du temps, sur cette porte, et mes doigts se souviennent de la période « ponçage », mais ça en valait le coup. Puis, je compte. Il m’en reste une, deux… cinq à faire ? Ô misère.

    J’ai mis du temps (d’où les 2 ans pour la faire) mais j’y suis parvenue.

    Je voulais des portes vitrées dans la partie supérieure. Des portes vitrées jolies et… pas chères. Bien sûr.

     

    Et alors que je réfléchissais à la meilleure façon de les réaliser, j’ai pensé à des cadres-photo. Et j’ai créé les différentes parties du haut à partir de la hauteur de ces cadres.

    Oui, elle tient toujours et je la trouve toujours aussi belle.

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  • Juillet 2022 - travaux dans la maison

    J’ai mis de côté les réalisations artistiques pour l’instant. Je profite du beau temps pour faire des travaux de rénovation sur la terrasse de ma maison. Je suis faite ainsi, je ne travaille jamais aussi dur que quand il fait chaud. C'est un vrai souk pour l'instant !

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